

* Institut des Hautes Etudes en Criminologie (IHECRIM)
Adresse:
71 rue Guy Moquet
75017 Paris
FRANCE
E-mail/Tel./Site:
33 (0) 9 52 82 21 78
Commentaire: "L'IHECRIM a pour objet toutes activités en criminologie, et notamment :
- La préparation à la profession de criminologue et débouchés professionnels en criminologie (cliquer dessus)
- L'orientation personnalisée vers les débouchés professionnels en criminologie (pré-orientation gratuite : renvoyer le questionnaire, puis prendre rendez-vous pour approfondir l'évaluation si nécessaire)
- La formation initiale ou expertale, privée ou publique, à la carte ou sous forme de stage
- La recherche fondamentale ou d'investigation, indépendante ou judiciaire, sous consultation ou expertise
- La contribution à la préparation de cursus de troisième cycle dans les Universités en partenariat avec l'IHECRIM ou l'Institut de Sciences Criminelles."
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2ème orateur: Madame Michelle Vatz-Laâroussi, université de Sherbrooke:
"La disqualification des pères immigrants au Québec: Impacts psycho-sociaux sur les enfants"
Actuellement, on assiste à une diversification des populations et des flux migratoires dans des sociétés autrefois homogènes, tel que la Bulgarie, le Maroc etc. Ainsi, l'orateur parle de "mondialisation des courants migratoires", et malgré les croyances communes, 60% des déplacements se font du nord au sud et pour les 3/4, dans un pays voisin.
Ainsi, de nouvelles mobilités se sont développées, qui ont une influence notoire sur la dynamique migratoire : La plupart se fait par des espaces transfontaliers, tel qu'en Europe, au Canada, aux Etats Unis ou en Asie. Cette circulation régulière entraine deux sortes de migration: l'une est temporaire ( les individus circulent mais ne s'installent pas), l'autre est construite sur une dynamique de réseaux et dans une logique culturelle, économique et familiale.
Sous la lumière de l'immigration, madame Vatz-Laâroussi apporte des explications à la délinquance:
- La première génération immigrante a généré une délinquance orientée vers le crime organisé, principalement en Amérique du Nord, notamment la mafia italienne et les jeux clandestins chinois;
- La seconde génération a généré davantage une délinquance en lien avec la réaction sociale et les milieux de vie. Il s'agit des groupes ethno-religieux, des groupes urbanisés, de ceux en lien avec la ségrégation résidentielle, l'exclusion, la guetthoisation. A partir de 1990, en Europe, et en 2001 aux Etats Unis apparaissent de nouvelles délinquances: le terrorisme, l'immigration clandestine et les sans papiers. Dès cet instant, la définition de la délinquance change, puisqu'avec la fermeture des frontières, l'immigrant devient un délinquant. De plus, une autre délinquance se forme parallèlement, en conséquence à cette immigration: les passeurs, les réseaux de prostitution et de clandestins.
Pourtant, selon la réaction sociale, la gestion de l'immigration est différente: En Belgique, les albanais sont considérés comme les principals délinquants; En France, il s'agit des maghrébins et des africains. Pourtant, au Québec, ils sont recherchés pour migrer car ils sont francophones. Il s'agit d'immigrants qualifiés avec un niveau de scolarité et un statut socio-professionnel élevé.
Malgré cela subsistent des obstacles systémiques tel que des disqualifications professionnelles si bien que l'orateur parle d'un déficit de reconnaissance. Après 2001, les préjugés ont augmentés et les plus scolarisés ont eu un taux de chômage extrêmement élevé (27%), correspondant à quatre fois plus que la population native. Finalement, à cause de cette réaction sociale, qui engendre des problématiques liées à l'emploi, à la famille, à la valorisation de soi, les individus désinvestissent peu à peu les normes sociales et la délinquance s'accentue. Naturellement, de nouvelles stratégies sont mises en place afin de tenter de rééquilibrer ces défaillances par des surinvestissements, tel que la religion, la famille ou les pairs, provoquant des extremismes parfois dangeureux.
Ainsi, selon madame Vatz-Laâroussi, pour intervenir sur la délinquance actuelle, il est important de travailler sur la reconnaissance des parents, afin de combler les déficits socio-affectifs, mais également d'accompagner la résilience des jeunes. Enfin, avec chacun, il serait aussi important d'améliorer les politiques d'insertion socio-professionnelles des immigrants.
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* Deuxième séance plénière: Violences terroristes
1er orateur: Monsieur Abdessamad Dialmy, université de Fes:
" Psychosociologie de la politique de la violence terroriste au Maroc"
Les facteurs socio-culturels sont eux aussi déterminants. En ce qui concerne l'exécutant, la pauvreté semble mis en avant ( la plupart est d'un milieu socio-économique déficitaire), ainsi que le niveau de scolarité faible, l'analphabétisation, l'hebergement précaire et le jeune âge.
Le terrorisme est basé sur une idéologie, souvent religieuse, qui rejete l'occident et ses valeurs; Le croyant fait des lectures de l'islam simplifiées et doit imiter le comportement du prophète et faire la djiad, la guerre sainte.
Les facteurs psycho-émotionnels semblent jouer eux aussi sur le passage à l'acte terroriste, selon monsieur Dialmy. Le désir de vengence envers l'occident est profondément encré dans les pensées des martyrs: L'occident, vue comme humiliante, frustrante, pécheresse. Les armées marocaines étant défaites, le croyant considère être le seul à pouvoir agir et rendre justice. Par le El tishad, le croyant vient chercher la reconnaissance en plus de la vengence. Il sait qu'en se faisant martyr, la reconaissance est grande et glorifiante. Cet acte, autorisé dans la religion musulmane, à l'inverse du suicide, qui ne l'est pas, lui créé une identité nouvelle. Cette reconnaissance, entre autre, il la trouvera au paradis, où 70 femmes vierges l'attendront: Cette pureté, qui vient pour lui s'opposer à la modernité qui transforme les femmes actuellement, est une manière de retrouver sa masculinité à laquelle il doute, à cause de la condition de vie difficile au Maroc. L'acte terroriste devient donc l'unique réponse à sa vie actuelle, lui permettant de trouver le bonheur qu'il espère atteindre.
Finalement, il reste évident, selon monsieur Dialmy, que les facteurs psychiatriques sont toujours présents pour faciliter le passage à l'acte terroriste. En effet, le sofisme, ou grande djiad, qui correspond à la guerre intérieur passifiste que doit mener chaque croyant pour être meilleur, est quant à elle une guerre à valoriser, pour les croyants, et qui répond à leurs besoins, d'une manière saine et constructive.
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* Troisième séance plénière: Enfants, jeunesse et délinquance1er orateur: M. Abdallah Maâouia, Université de Tunis:
"Approche psychologique et psychosociale de la délinquance et de la criminalité"
La délinquance est explicable par l'expérience vécue des individus, qu'elle soit interne ou externe, psychologique ou psychosociale.
Selon l'approche psychologique, on parle de personnalité délinquante, en évoquant la psychopathie, la personnalité antisociale ou encore perverse.
Par exemple, derrière la problématique délinquante d'un jeune ayant un problème avec son père se cachera une image du père défaillante ou un renversement de la place du père, qui expliquera ce problème de socialisation.
Selon l'approche psychosociale, certains grands évenements sociaux ont eu des répercussions sur la délinquance. Dans les années 70, le changement de gouvernement vers une politique libérale a eu un impact sur la délinquance féminine. Les femmes, qui n'avaient jusqu'à présent aucun rôle économique étaient dans la production de biens. Cette nouvelle acquisition de rôles et de statuts a été un facteur de délinquance, qui a orienté les femmes vers les crimes économiques, qui n'existaient jusqu'à présent que chez les hommes.
Quant à la représentation sociale, elle a aussi son rôle à jouer dans la délinquance. Les centres de rééducation mixtes avec des formations professionnelles de 2 ans qui proposent de l'électricité, de la menuiserie, de la mécanique, de la couture etc. sont essentiels dans la mesure où ils offrent aux jeunes avec des problèmes scolaires et des défaillances sur le plan socio économique une vision positive et structurante de la société. Une étude a pu mettre en avant un discours encourageant et positif de la part des jeunes délinquants concernant de tels milieux sociaux. Pourtant, dans la société, les conditions de travail et de vie sont plus difficiles et plus injustes que dans ces lieux de réinsertion sociale. Les jeunes, ayant évolués dans la société, ont une représentation sociale décourageante et particulièrement négative. Ainsi, même si le milieu de vie leur semble bénéfique, leur investissement dans les formations n'est pas encourageant. Ils savent que le centre ne changera pas leur monde à la sortie. De l'aide économique de la part des pays occidentaux semblent essentielle pour redonner un espoir à la population et pouvoir investir les délinquants dans une démarche active de réinsertion sociale.
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2ème orateur: Mme Nicole Vettenburg, Université de Gand:
"Comment interpréter le comportement des jeunes, selon le regard pédagogique et criminologique"
Selon que la délinquance soit normale (commune) ou persistante, l'analyse doit être différente.
Présentation de la vulnérabilité sociétale: De moins en moins, le jeune vit d'expériences positives avec les institutions sociales. Au contraire, au lieu de profiter de l'offre positive de ces institutions, il est confronté aux aspects négatifs. L'interaction entre les institutions et les jeunes est donc de plus en plus négative, par le phénomène de cumulation.
Finalement, la solution ne serait-elle pas d'arréter de discriminer le jeune, afin qu'il renoue des liens avec les institutions sociales?
En effet, des études (1988, 2001, 2007) ont prouver que:
- l'attitude de l'enseignant a de l'influence sur le comportement négatif du jeune;
- les facteurs scolaires ont plus d'influence sur les comportements négatifs à l'école que les facteurs familiaux;
-les caractéristiques culturelles et familiales sont plus importantes que les caractéristiques structurelles.
Ainsi, la prévention de la délinquance doit être générale et individuelle, mais toujours radicale, offensive et intégrale, participative et démocrative. Cela signifie qu'elle doit aller au coeur même du problème et travailler tous les aspects, en tenant compte des besoins du jeune, de ses capacités et de la pertinence de l'intervention.
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3ème orateur: Mme Catherine Sultan, Magistrate du tribunal de la jeunesse, France:
"Droit pénal des mineurs français: modèle remis en cause"
Le droit pénal des mineurs, en France, fut créé avec deux ordonnances, pendant des crises politiques: en 1945 et en 1968. La société assume un rôle d'éducation et de protection des jeunes. Le juge devient donc entraîneur et engagé dans la vie des jeunes, qu'ils soient en danger ou délinquants.
Cependant, dans ces deux catégories de jeunes, les réponses sont différentes, bien que la logique soit la même. Ainsi, travailleurs sociaux et juges se péoccupent du sens de l'agir et accompagnent l'enfant dans son cheminement. Une dialectique est mise entre le juridique et l'éducatif: chacune se réfère à l'autre, afin d'apporter une réponse adéquate.
Avec l'évolution de la société, la consommation augmente: les situations familiales sont de plus en plus fragilisées à cause du chômage, de l'immigration etc: la société ne parvient plus à intégrer ses jeunes. L'individualisme atteint des mesures inquiétantes: il n'y a plus de solidarité entre les communautés, les gens n'ont plus de repères.
Malgré ce contexte, les démarches judiciaires et éducatives n'ont pas changées, si bien que les réponses actuelles ne paraissent plus autant adaptées et nous oblige à remettre en cause le modèle de justice.
Selon Mme Sultan, les jugements sont de plus en plus rapides et l'activité pénale est en croissance, étant donné que la répression est telle que des dossiers traités en protection de la jeunesse sont désormais traité en pénal. La justice des mineurs est donc encombrée: le nombre de dossier est trop important ce qui nécessite des délais trop long. Finalement, ces réponses tardives ne sont pas aussi significatives pour le jeune qu'un délai court car la mesure perd de son sens et de son poid. Finalement, dans ce contexte, l'acte commis est davantage pris en considération que la personnalité du jeune: Les réponses pénales deviennent donc de moins en moins individualisées. Même les réponses éducatives sont sous couverts de répression et d'un contrôle strict, si bien qu'en tout point, et particulièrement dans ses droits, le statut du mineur se rapproche de celui du majeur.
Cependant, pour l'oratrice, un élément favorable et nouveau depuis ces 20 dernières années est la réparation: Les mesures réparatrices, extrêmement bénéfiques pour la victime comme pour le jeune est mis en place et devrait être privilégier, comme c'est le cas en Belgique, où le système de justice des mineurs est plus humain et plus éducatif (M. Born).
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* Quatrième séance plénière: Impacts des changements sociaux sur la personnalité et les comportements (souffrance, inadaptation, délinquance)
1er orateur: M. Mohammed Guedah, Université de Rabat:
"Transgression et transgresseurs entre la mise à l'épreuve de soi et de l'autre"
M. Guedah nous rappelle que les conduites transgressives sont généralisées durant l'adolescence, correspondant au moment de structuration de la personnalité. Durant cette période, les adolescents basculent souvent dans la délinquance, mais celle-ci se divise en deux types: la délinquance occasionnelle, qui ne dure pas et est commune à une grande majorité de jeunes, et la délinquance persistante, qui correspond à des troubles de la conduite significatives.
Au Maroc, ces conduites sont prédominées par la consommation de drogue ou d'alcool, par le vol, le vandalisme, le viol ou toute atteinte à la culture musulmane (manger pendant le ramadan, avoir des relations sexuelles avant le mariage...) La société marocaine est en voie de transition: Les valeurs tarditionnelles subissent de profondes mutations et évoluent. M. Guedah parle de crise actuelle. Ainsi, dans cette culture musulmane, une partie de la population vit une inadaptation sociale determinante.
Finalement, ces types de délit nous montrent que la transgression est une mise à l'épreuve de soi et comme une expression avant tout d'une quête identitaire, entre les changements développementaux que vivent les adolescents durant cette période de la vie complexe, et les changements sociaux, eux aussi particulièrement marqués ces dernières années.
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2ème orateur: Dianne Casoni, université de Montréal, CICC:
"Effet des changements sociaux sur l'individu: Du non de l'obéissance au non de la sybolisation"
Comme l'avancent les théories analytiques, la relation aux images parentales a un effet sur la personnalité de l'enfant, du jeune puis de l'adulte; elle a donc un lien avec la délinquance.
Mme Casoni évoque que la réalité sociale actuelle, dans nos sociétés modernes, est un "burn out", une dépression sociale visible, à cause des fortes pressions vécues au quotidien: la surcharge du travail, le chômage etc. "Cela a indubitablement un impact sur le jeune, qui, quant à lui, se sent abandonné, ou ne parvient pas à se décentrer et devient profondément égocentrique". C'est à cause de telles problématiques que le jeune, vivant une inadaptation sociale, basculerait dans la délinquance. Ainsi, un jeune turbulent, ayant déjà une tendance à l'agir, à cause de fortes décharges motrices, sera dans un déni de ses véritables émotions négatives et de ses angoisses. Le rôle des parents sera donc d'être attentif à la fois à l'immaturité émotionnelle du jeune et à son besoin de socialisation.
"Elever" un enfant, comme le mot l'indique, est un travail éprouvant qui doit contribuer au développement du jeune, le faire grandir psychiquement. Pour cela, l'attente, la frustration est essentielle. Dire non à une satisfation brute de l'enfant est constructif à condition que les parents puissent proposer une alternative satisfaisante, avec l'autre et dans le temps. C'est de cette manière que s'interiorisent les normes et que se développent symbolisation et mentalisation. Le passage d'un monde de plaisir égocentrique et contre l'autre à un monde de plaisir altruiste et avec l'autre est une façon d'apprendre au jeune à se conduire de façon adéquate en société, en étant acteur de ses agirs.
Ainsi, des centres de rééducation se sont ouverts afin d'aider le jeune à développer de nouvelles façons de faire, dans lesquels les éducateurs correspondent à des substituts parentaux. Le milieu de vie était donc utilisé pour poursuivre le développement du jeune. Le travail de symbolisation, où le jeune avait un lieu pour exprimer ses compréhensions au monde et ses frustrations permettait d'atténuer les pensées paranoides du jeune.
Pourtant, selon Mme Casoni, aujourd'hui au Québec et en Amérique du Nord plus généralement, la tendance est différente, puisque ces notions psychanalytiques de symbolisation sont oubliées au profit des approches béhaviorales. Les peines étant de plus en plus courtes ne permettent évidemment pas de réaliser des suivis en profondeur auprès du jeune, car le temps est un élément essentiel. "La psychisation met du temps alors que le changement de comportement est plus rapide!" Les deux changements constatés aujourd'hui sont donc logiques et interreliés.
Finalement, dans les centres de réadaptation, la souffrance des jeunes semble cachée: En effet, les sujets négatifs sont tus au profit de ce qui est bien, bon, heureux; les comportements conventionnels sont valorisés et ceux qui ne le sont pas sont interdits et punis. Aucune symbolisation ne peut donc se faire et les tensions restent présentes. Les passages à l'acte, selon Mme Casoni, sont donc toujours présents et l'explosion est prévisible, tant que la tendance actuelle ne changera pas et que le contrôle remplacera l'éducatif.
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L’Association pénitentiaire Africaine, a été créée en février 1996 au Bukina Faso, par des professionnels intéressées aux problématiques criminelles et désireuses de contribuer à l’amélioration des conditions de détention en Afrique. Elle regroupe aujourd’hui des membres dans une vingtaine de pays africains et européens et est financée par de nombreux partenaires d'organisations non gouvernementales, tel que l'UNICEF, Terre des hommes etc.
L'APA a pour objectif d'intervenir dans tous les pays africains, organisé en section indépendante, composé de bureaux exécutifs pour prendre les décisions concernant les questions liées aux situations de détention des jeunes et des adultes africains. Afin de créer une cohérence et une solidarité, les différents membres de l'association sont en contact très régulièrement par téléphone ou par internet.
C'est dans ce contexte que le centre pour mineurs de Laye est né, véritable initiative de l'Association Pénitenciaire Africaine, pour contrer les détentions systématiques des jeunes dans les prisons et mettre en avant la nécessité de répondre aux besoins développementaux et sociaux des mineurs délinquants. La prise en charge est également assurée par Terre des Hommes ltalie.
Le centre d’accueil de Laye pour mineurs en conflit avec la loi a une vocation nationale : il reçoit des jeunes contrevenants venant des quatre coins du Burkina Faso. Le centre est mixte, et peut recevoir jusqu'à 48 jeunes qui ont entre 13 et 18 ans. Il est actuellement plein, dont 24 filles. Cette mixité est expérimentée depuis janvier 2008, dans le but de créer un lieu plus proche de la réalité de la société: "C'est un risque, c'est sûr, mais autant que le jeune vive comme dans la société et se confronte aux notions de respect, de connaissance de l'autre. C'est plus difficile, mais la vie ne se limite pas au centre!"
Le type de délit est variable, mais correspond à des vols simples pour la grande majorité des cas, expliquable par la grande pauvreté des familles. Ces actes sont commis par necessité, souvent pour pouvoir se nourrir et nourrir leur famille. D'un ordre différent, quelques cas de crimes tel que des agressions sexuelles ou des homicides sont également commis.
Les facteurs explicatifs de la délinquance des jeunes, selon M. Traore, serait donc tout d'abord la pauvreté, puis les défaillances éducatives, ainsi que l'exode rural ramenant un grand nombre de jeunes dans les villes afin de trouver de l'argent.
Les responsables du centre bénéficient d’un environnement favorable à l’accomplissement de leur mission. Les initiateurs jouissent du soutien de la Commission Européenne et de la Fondation Terre des Hommes Italie.
Le centre de Laye est une alternative à la prison, ou à la peine en communauté, où le jeune sera surveillé par un travailleur social. "Dans les prisons du Burkina Faso, il n'y a pas de séparation entre les jeunes et les adultes si bien que ceux-ci sont très en danger, sans compter les apprentissages de stratégies criminelles qu'ils peuvent faire. Le centre de Laye se veut réellement être une alternative à cela."
Etant donné que l'incarcération physique est moins contraignante qu'en prison, il est toutefois necessaire qu'un service de sécurité, qui est composé de gardiens et de personnels du ministère de la justice, soit présent 24h/24.
En moyenne, le placement du jeune au centre de réinsertion de Laye est de 2 ans. "La durée était de un an au début, mais les résultats n'étaient pas suffisamment significatif. On a alors décidé de prolonger le temps de placement du jeune, et actuellement, les résultats sont nettement meilleurs."
L'un des fateurs essentiel à une bonne réinsertion est de rendre les parents partenaires. Pour cela, les intervenants se déplacent dans les familles, dans la mesure du possible.
Afin "de former le jeune à être un bon citoyen", les objectifs du centre sont:
- d’alphabétiser les mineurs,
- de scolariser ceux qui sont alphabétisés,
- de faciliter le développement de la confiance des mineurs en eux-mêmes à travers l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouvelles capacités,
- de former les mineurs à un métier qui puisse les positionner sur le marché du travail (menuiserie, mécanique des engins à deux roues, électricité, élevage, entretien de moulin ).
Pour cela, les travaux manuels (jeux de société etc.), le sport, les cours d'éducation civique, l'alphabétisation, ainsi que des ateliers de formations à l’apprentissage sont les éléments essentiels de l’intervention.
Plus précisément, l'emploi du temps du jeune est organisé de la façon suivante:
- 5h45: Réveil
- 6h00-8h00: Toilette, rangement, activité élevage et jardinage, petit déjeuner
- 8h00-12h00: Scolarisation ou alphabétisation divisée en deux langues nationales de plusieurs niveaux: Diola et Moré + cours d'éducation civique
- 12h30: Déjeuner suvi d'une sieste
- 14h00-17h00: Formation professionnelle: Soudure, mécanique, menuiserie, électricité, couture, confection de batique, savonnerie.
- 17h00: jeux de société/sport
- 18h00: Toilette
- 19h00: Diner, suivi de temps libre
-21h00: Retour dans les dortoirs et coucher.
Pour maximiser l'insertion professionnelle du jeune, le jeune doit impérativement participer à chacun des ateliers, une à deux semaines, pour choisir, en toute connaissance de cause, l'activité dans laquelle il s'investira. "C'est aussi pour contrer les préjugés des jeunes".
Les financements, assurés principalement par les ONG internationnales, sont également distribués par l'état burkinabais: "La confiance et la réputation des professionnels, recrutés par des membres de l'APA et de Terres d'Italie, facilitent énormément la relation entre le centre de Laye et le gouvernement." "Cependant, les activités sont encore limitées et pourraient être plus diversifiées. Nous ne manquons pas d'idées, mais de moyens."
Suite à la demande du directeur, Moussa Sarawi Maïga, qui ne pouvait malheureusement pas me recevoir le jour même, deux intervenants, Ousmane Traore, administrateur de l'action sociale et Moussa Bagayoko, coordinateur et secrétaire général de l'ONG malienne Maya-ton, me présentèrent les activités principales du centre et son contexte de placement.
Les délits ainsi que les infractions sont respectivement punis en moyenne de trois mois et six mois de détention, renouvelable. Ce sont dans les prisons régionales que les jeunes, les femmes ou les adultes purgent leur peine, sans qu'aucune forme de traitement soit proposé. Le centre de réinsertion pour mineurs en conflit avec la loi de Bollé, à coté de Bamako, est l'unique centre de détention spécialisée du Mali qui propose une alternative à la prison pour les mineurs contrevenants, de 13 à 18 ans. Il est donc le seul à proposer un suivi éducatif au jeune au lieu d'une simple incarération.
Les peines sont variables, selon le type de délit ou d'infraction criminelle. Les intervenants du centre de Bollé ont pu faire un état des lieux de la fréquence de chaque acte délinquant: Dans la grande majorité des cas, le jeune est arrété à cause de vol, commis par necessité économique, sans violence et sera amené à récidiver s'il ne trouve pas de logement à sa sortie de détention. Le vol qualifié, quant à lui, plus encré dans la délinquance, est nettement moins courant. Le trafic et la consommation de drogue sont assez rare. L'agression sexuelle, commise seul ou en bande est une infraction que les intervenants retrouvent davantage pendant les vacances et les temps libre des jeunes, ainsi que la pédophilie. Enfin, les homicides sont très rares et souvent involontaires et accidentels
Les intervenants du centre de Bollé ont un grand pouvoir de décision en ce qui concerne les peines des jeunes contrevenants. Il est de leur responsabilité de les renouveler ou non. La politique du centre, basée sur la réinsertion et la rééducation necessite du temps, ce qui les incite à prolonger au maximum le suivi du jeune au centre : cette opportunité est donc pour eux garante d'une intervention plus efficace. La longueur de la peine n'est donc pas figée, mais est étroitement lié à l'investissement du jeune dans le centre, particulièrement à sa formation. Ceci dans le but qu'il sorte avec un diplôme concret lui permettant une insertion professionnelle rapide et certaine.
Pour les libertés provisoires, les professionnels ont aussi un pouvoir marqué : ce sont eux qui vont soumettre la demande au juge, respectée dans la quasi totalité des cas. La liberté provisoire est un processus de réinsertion favorisé par les intervenants, qui la demande la majorité du temps.
* L'organisation du centre spécialisé de détention, de rééducation et de réinsertion pour mineurs de Bollé:
Le centre est composé de six unités :L'emploi du temps du centre de Bollé est organisé de façon à favoriser la réinsertion des jeunes:
- 6h00: Réveil et entrainement musculaire avec les surveillants;
- 7h00: Toilette, nettoyage des dortoirs, petit déjeuner;
- 8h00 - 12h00: Activités professionnelles/Scolarité
- 13h00-15h00: Repas, sieste
- 15h00-18h00: Activités professionnelles/Scolarité
- 19h30: Dîner
* Les limites à l'intervention:
Malheureusement, une insuffisance financière et logistique freine les interventions, malgré l'investissement des éducateurs:
Des problématiques majeures d'ordre sanitaires, telles que le manque d'eau (problème de tuyauterie et absence de puit) ou de matières premières (bois) provoque une inquiétude chez les intervenants, pour la santé et le bien être des jeunes et doivent être sérieusement pris en considération par le gouvernement.
Au niveau du suivi éducatif proprement dit, beaucoup d'obstacles se posent: Le suivi post carcéral, qui fait parti intégrante de la mission de l'éducateur, ne peut se faire, faute de moyen: recueillant des jeunes habitant dans les différentes communes du Mali, les intervenants ne peuvent se déplacer pour de simples raisons financières: Ils ne possèdent pas de voiture: un seul véhicule est disponible, pour deux centres de détention, mais est exclusivement réservé pour les visites aux tribunaux. Ils devraient le faire sur leur temps libre et payer leur propre frais de déplacement. Ce problème se répercute également sur le travail avec la famille qui est finalement lui aussi délaissé. Ces difficultés sont une des raisons du haut taux de récidive des jeunes, selon les intervenants. Le dossier des jeunes, écrit à la main, étant donné qu'il n'y a aucun ordinateur, ne facilite pas non plus le travail, particulièrement la lecture pour les autres intervenants; ; Au niveau du personnel, l'absence de salaire pour certain formateurs ne leur permet pas d'être investi complètement au sein du centre; les emplois du temps des intervenants ne leur permet pas de faire des activités avec eux le soir, après le dîner, ce qui éviterait les jeunes de se retrouver tous dans le dortoir sans occupation définie.
* Le Service d'Action Educative en Milieu Ouvert:
C'est directement au service que Maurice Dione, éducateur spécialisé qui travaille à temps plein sur le service, a accepté de me rencontrer durant sa journée de travail, afin de me présenter les activités du Service d'Action Educative de la région de Ziginchor.
Ce service dépend directement de la Direction d'Education Surveillée et de la Protection Sociale (DESPS), puisque c'est lui qui gére les lois et les fonds de la caisse pour les mineurs en rupture avec la loi. Le budjet et l'orientation du service dépend donc des décisions prises par le DESPS. Mais plus largement, le CAE de Ziginchor, comme ceux de France, dépendent du ministère de la Justice. Il s'agit d'un service de milieu ouvert et ne correspond donc pas à une structure d'hébergement. Il prend en charge des jeunes qui dépendent de la Protection de l'Enfance, ou de l'Enfance Délinquante.
* Le travail d'intervenant en SAEMO
Inspiré du modèle français, les éducateurs ont plusieurs missions:
- L'investigation: Les éducateurs comme Maurice Dione doivent apporter une aide à la décision du magistrat, en mettant en oeuvre soit une enquête sociale soit une mesure d'investigation et d'orientation éducative (IOE) afin de faire un portrait de la situation du jeune. Celle-ci necessite donc un travail d'expertise auprès du jeune et de son milieu (scolaire, professionnel, familial...), en regroupant des informations durant les visites et les rencontres personnalisées etc.
- La prise en charge éducative: il s'agit de permettre aux jeunes de s'inscrire dans une démarche de resocialisation positive, à travers des activités, des sorties etc. Pour cela, l'éducateur devra controler la liberté surveillée du jeune en allant à son domicile pour le rencontrer ainsi que ses parents; lui rendre visite dans les centres d'hébergement/fermés, où il sera placé (soit les centres polyvalents ou d'adaptation sociale) en travaillant de pair avec les éducateurs présents par le biais de rencontres ou d'ateliers (ex. ergothérapie).
Ainsi, le travail de l'éducateur en SAE en milieu ouvert est donc très varié:
- Il gère les dossiers de mineurs rattachés à deux lois différentes (ceux en conflit avec la loi, et ceux en danger moral );
- Il intervient à différent moments de l'appareil judiciaire (En amont de la determination de la peine, en procédant à l'enquète sociale, et en aval de la décision judiciaire, en procédant à un suivi éducatif);
- Il intervient à différents endroits: Au domicile du jeune et de sa famille, en structure d'hebergement, ou au service, où le jeune peut venir ponctuellement pour rencontrer son éducateur de suivi. Ainsi, non seulement pour accueillir les jeunes mais aussi pour gérer les rapports, un roulement se fait pour qu'il y ait en permamance un éducateur dans la structure.
* Fonctionnement et représentation de la loi dans la culture sénégalaise :
Le facteur principal de la délinquance juvénile, selon Maurice Dione, est avant tout le facteur économique. Les intervenants utilisent le terme de "délinquance économique". Le délit le plus répendu est effectivement le vol, suivi des coups et blessures volontaires, le plus souvent à cause d'évenements en lien avec l'image de soi et pour préserver sa "dignité".
Quant au taux de la délinquance, au Sénégal, aucune étude a été faite, à la connaissance de Maurice Dione, mais celui-ci explique que l'ampleur change en fonction de la région et de la ville. Ainsi, Dakar est proportionnellement plus criminelle. Elle comporte d'ailleurs un foyer éducatif dans chacun de ses quartiers. Des facteurs sociaux au delà de celui de la pauvreté permettent à Maurice Dione d'expliquer ce phénomène croissant qui sévit à Dakar, tel que l'exode rural, les tentations/opportunités criminelles et les inégalités sociales.
Selon lui, en Casamance particulièrement, la société reste encore profondément marquée par les traditions animistes. Ainsi , la plupart du temps, la communauté controle la gestion de la délinquance et parvient à régler les conflits sans en avertir les autorités. La justice institutionnalisée n'est pas encore une habitude et le premier réflexe sera encore aujourd'hui d'avoir recours aux méthodes traditionnelles (Prévenir le roi animiste de la communuté qui agira comme médiateur et trouvera une solution satisfaisante pour les deux parties: Le plus souvent un sacrifice.) C'est au cas où les délits sont plus graves ou ne parviennent pas à se résoudre de cette manière que les citoyens ont recours au système de justice. Ainsi, en Casamance, l'utilisation de l'appareil judiciaire n'est pas encore répendue et semble avoir un impact direct important sur la diminution de la délinquance chez le jeune, puisqu'elle produirait un sentiment de peur, tant chez le jeune que chez son entourage.
Or, la répression ne suffit pas, selon Maurice Dione, pour diminuer véritablement le phénomène de délinquance juvénile. Pour parvenir à agir sur ces facteurs, la logique éducative est mise en avant, quelque soit le délit commis. La rééducation, la réinsertion sociale et familiale ainsi que la liberté sont les objectifs principaux de l'intervention. Ainsi, la peine, notamment dans la mesure de liberté surveillée, est précisée au tribunal, mais dépend plus de l'éducateurque du juge. Les suivis sont donc souvent à long terme, au delà de 6 mois (généralement entre 1 et 2 ans). De plus, en fonction de l'attitude évolutive du jeune, une demande de modification de garde peut être faite par l'éducateur au juge, par le biais d'un rapport complet. Le juge l'acceptera le plus souvent.
* Les freins à une intervention plus efficace:
A cause de la politique de recrutement actuelle, les équipes ne sont pas suffisamment pluridisciplinaires ni nombreuses, ce qui nuit à leur efficacité. Trois éducateurs composent l'équipe du SAE de la région de la Casamance et huit éducateurs, au total, pour les différentes structures de la région. Le nombre de dossier est donc largement supérieur à ce qui est recommandé pour que l'intervenant puisse agir de manière efficace avec le jeune.
De plus, composées uniquement d'éducateurs spécialisés et d'asistants sociaux (rarement), le regard posé sur le jeune n'est pas exhaustif. Des psychologues et des criminologues seraient essentiels pour apporter un autre regard sur le phénomène de la délinquance juvénile.
Enfin, comme il l'a été présenté, l'éducateur est souvent appelé à se déplacer non seulement dans la ville mais aussi dans toute la région. C'est avec son véhicule personnel, ou plus précisément les transports en commun (les éducateurs ne possédant pas de véhicule), que l'éducateur ira à la rencontre des familles et des jeunes. Les trajets ne lui seront pas remboursés sur le plan financier, ce qui ne facilitera pas ses déplacements sur le terrain.
L'un des problèmes aussi pour mesurer la délinquance, pour M. G., semble lié à l'activité policière. Bien que nous ne pouvons nier que cette réalité est également présente dans nos pays du nord, l'arrestation policière resterait très arbitraire. Les pratiques policières sont étroitement liées aux policiers et particulièrement aux rapports entre jeunes et autorité. La tendance reste encore liée au "bakchich" que demandent les policiers, en échange de leur silence. M.G. parle ainsi d' "affaires réglées souvent et malheureusement à l'amiable". De cela, nous pouvons donc supposer un lien direct entre la dénonciation des délits commis et le revenu économique du jeune ou de sa famille.
La procédure classique diffère des procédures des pays du Nord: Suite à l'arrestation de la gendarnerie royale, le jeune est présumé coupable. Une décision est alors prise, largement éclairée par l'enquète des travailleurs sociaux, concernant le type de mesure approprié. Il s'agit le plus souvent de placement en centre d'observation, de rééducation ou social, de protection de l'enfance pour jeunes délinquants. Les garçons et les filles sont systématiquement dans des structures distinctes. Des éducateurs, formés minimalement deux ans à l'université, sont chargés de leur réinsertion sociale. Etant donné le type de délit, l'objectif principal est de permettre aux jeunes de faire un apprentissage, dans la menuiserie ou la maçonnerie plus particulièrement, afin de sortir de l'institution avec un métier.
Sans que les chiffres aient pu être donnés, une grande majorité des jeunes ne récidivent pas.