* Le Service d'Action Educative en Milieu Ouvert:
C'est directement au service que Maurice Dione, éducateur spécialisé qui travaille à temps plein sur le service, a accepté de me rencontrer durant sa journée de travail, afin de me présenter les activités du Service d'Action Educative de la région de Ziginchor.
Ce service dépend directement de la Direction d'Education Surveillée et de la Protection Sociale (DESPS), puisque c'est lui qui gére les lois et les fonds de la caisse pour les mineurs en rupture avec la loi. Le budjet et l'orientation du service dépend donc des décisions prises par le DESPS. Mais plus largement, le CAE de Ziginchor, comme ceux de France, dépendent du ministère de la Justice. Il s'agit d'un service de milieu ouvert et ne correspond donc pas à une structure d'hébergement. Il prend en charge des jeunes qui dépendent de la Protection de l'Enfance, ou de l'Enfance Délinquante.
* Le travail d'intervenant en SAEMO
Inspiré du modèle français, les éducateurs ont plusieurs missions:
- L'investigation: Les éducateurs comme Maurice Dione doivent apporter une aide à la décision du magistrat, en mettant en oeuvre soit une enquête sociale soit une mesure d'investigation et d'orientation éducative (IOE) afin de faire un portrait de la situation du jeune. Celle-ci necessite donc un travail d'expertise auprès du jeune et de son milieu (scolaire, professionnel, familial...), en regroupant des informations durant les visites et les rencontres personnalisées etc.
- La prise en charge éducative: il s'agit de permettre aux jeunes de s'inscrire dans une démarche de resocialisation positive, à travers des activités, des sorties etc. Pour cela, l'éducateur devra controler la liberté surveillée du jeune en allant à son domicile pour le rencontrer ainsi que ses parents; lui rendre visite dans les centres d'hébergement/fermés, où il sera placé (soit les centres polyvalents ou d'adaptation sociale) en travaillant de pair avec les éducateurs présents par le biais de rencontres ou d'ateliers (ex. ergothérapie).
Ainsi, le travail de l'éducateur en SAE en milieu ouvert est donc très varié:
- Il gère les dossiers de mineurs rattachés à deux lois différentes (ceux en conflit avec la loi, et ceux en danger moral );
- Il intervient à différent moments de l'appareil judiciaire (En amont de la determination de la peine, en procédant à l'enquète sociale, et en aval de la décision judiciaire, en procédant à un suivi éducatif);
- Il intervient à différents endroits: Au domicile du jeune et de sa famille, en structure d'hebergement, ou au service, où le jeune peut venir ponctuellement pour rencontrer son éducateur de suivi. Ainsi, non seulement pour accueillir les jeunes mais aussi pour gérer les rapports, un roulement se fait pour qu'il y ait en permamance un éducateur dans la structure.
* Fonctionnement et représentation de la loi dans la culture sénégalaise :
Le facteur principal de la délinquance juvénile, selon Maurice Dione, est avant tout le facteur économique. Les intervenants utilisent le terme de "délinquance économique". Le délit le plus répendu est effectivement le vol, suivi des coups et blessures volontaires, le plus souvent à cause d'évenements en lien avec l'image de soi et pour préserver sa "dignité".
Quant au taux de la délinquance, au Sénégal, aucune étude a été faite, à la connaissance de Maurice Dione, mais celui-ci explique que l'ampleur change en fonction de la région et de la ville. Ainsi, Dakar est proportionnellement plus criminelle. Elle comporte d'ailleurs un foyer éducatif dans chacun de ses quartiers. Des facteurs sociaux au delà de celui de la pauvreté permettent à Maurice Dione d'expliquer ce phénomène croissant qui sévit à Dakar, tel que l'exode rural, les tentations/opportunités criminelles et les inégalités sociales.
Selon lui, en Casamance particulièrement, la société reste encore profondément marquée par les traditions animistes. Ainsi , la plupart du temps, la communauté controle la gestion de la délinquance et parvient à régler les conflits sans en avertir les autorités. La justice institutionnalisée n'est pas encore une habitude et le premier réflexe sera encore aujourd'hui d'avoir recours aux méthodes traditionnelles (Prévenir le roi animiste de la communuté qui agira comme médiateur et trouvera une solution satisfaisante pour les deux parties: Le plus souvent un sacrifice.) C'est au cas où les délits sont plus graves ou ne parviennent pas à se résoudre de cette manière que les citoyens ont recours au système de justice. Ainsi, en Casamance, l'utilisation de l'appareil judiciaire n'est pas encore répendue et semble avoir un impact direct important sur la diminution de la délinquance chez le jeune, puisqu'elle produirait un sentiment de peur, tant chez le jeune que chez son entourage.
Or, la répression ne suffit pas, selon Maurice Dione, pour diminuer véritablement le phénomène de délinquance juvénile. Pour parvenir à agir sur ces facteurs, la logique éducative est mise en avant, quelque soit le délit commis. La rééducation, la réinsertion sociale et familiale ainsi que la liberté sont les objectifs principaux de l'intervention. Ainsi, la peine, notamment dans la mesure de liberté surveillée, est précisée au tribunal, mais dépend plus de l'éducateurque du juge. Les suivis sont donc souvent à long terme, au delà de 6 mois (généralement entre 1 et 2 ans). De plus, en fonction de l'attitude évolutive du jeune, une demande de modification de garde peut être faite par l'éducateur au juge, par le biais d'un rapport complet. Le juge l'acceptera le plus souvent.
* Les freins à une intervention plus efficace:
A cause de la politique de recrutement actuelle, les équipes ne sont pas suffisamment pluridisciplinaires ni nombreuses, ce qui nuit à leur efficacité. Trois éducateurs composent l'équipe du SAE de la région de la Casamance et huit éducateurs, au total, pour les différentes structures de la région. Le nombre de dossier est donc largement supérieur à ce qui est recommandé pour que l'intervenant puisse agir de manière efficace avec le jeune.
De plus, composées uniquement d'éducateurs spécialisés et d'asistants sociaux (rarement), le regard posé sur le jeune n'est pas exhaustif. Des psychologues et des criminologues seraient essentiels pour apporter un autre regard sur le phénomène de la délinquance juvénile.
Enfin, comme il l'a été présenté, l'éducateur est souvent appelé à se déplacer non seulement dans la ville mais aussi dans toute la région. C'est avec son véhicule personnel, ou plus précisément les transports en commun (les éducateurs ne possédant pas de véhicule), que l'éducateur ira à la rencontre des familles et des jeunes. Les trajets ne lui seront pas remboursés sur le plan financier, ce qui ne facilitera pas ses déplacements sur le terrain.
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